C’est dans un contexte de forte mobilisation des fonctionnaires pour la défense du pouvoir d’achat et l’amélioration des conditions de travail, mobilisation renouvelée ce 6 octobre, que nous avons fait une déclaration préalable lors du CST de recours du 5 octobre. À travers cette intervention, nous avons souhaité interpeller les élus sur les attentes et les préoccupations des agents, confrontés à une dégradation continue de leur pouvoir d’achat et de leurs conditions d’exercice.
Déclaration liminaire des élus sans étiquette au CST de recours
Madame La Présidente,
Avant d’aborder les points inscrits à l’ordre du jour, nous souhaitons une nouvelle fois vous alerter sur la situation des agents de notre collectivité et sur l’érosion continue de leur pouvoir d’achat.
Depuis plusieurs années, les agents subissent de plein fouet l’augmentation du coût de la vie : alimentation, énergie, carburants, logement, assurances, mutuelles… Même lorsque l’inflation ralentit, les prix, eux, ne reviennent pas en arrière.
Dans le même temps, les rémunérations n’ont pas suivi.
Les quelques revalorisations du point d’indice décidées ces dernières années n’ont pas compensé la hausse du coût de la vie. Les grilles indiciaires se sont progressivement tassées et certains agents se retrouvent aujourd’hui avec des traitements tellement proches du SMIC qu’un mécanisme d’indemnité différentielle peut devenir nécessaire pour garantir le minimum de rémunération.
Voilà la réalité vécue par une partie de nos collègues.
Et cette réalité concerne particulièrement la fonction publique territoriale, composée très majoritairement d’agents de catégorie C.
À cela viennent s’ajouter des mesures qui pénalisent encore davantage les agents lorsqu’ils rencontrent des problèmes de santé : jour de carence, diminution de la rémunération pendant les premiers mois d’un congé de maladie ordinaire…
Pour les salaires les plus modestes, perdre quelques dizaines d’euros n’est pas anodin. Ce sont des courses, un plein de carburant ou une facture qu’il faudra peut-être reporter.
« Ce n’est pas nous, c’est l’État »
Nous entendons régulièrement cette réponse lorsque nous interpellons la collectivité sur le pouvoir d’achat : « ce n’est pas la Région, c’est l’État ».
Oui, une partie importante des décisions concernant les rémunérations des fonctionnaires relève de l’État.
Le point d’indice, les grilles indiciaires, le jour de carence ou certaines dispositions concernant les congés maladie ne sont pas décidés par notre collectivité.
Nous ne cherchons donc pas à exonérer l’État de ses responsabilités.
Mais cette réponse ne peut pas tout justifier.
La Région est aussi un employeur.
Elle emploie des milliers d’agents. Elle connaît leurs rémunérations, leurs métiers, leurs contraintes et les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Et nous nous interrogeons aujourd’hui sur le grand silence des employeurs publics territoriaux face à l’État.
Lorsque les décisions nationales conduisent à une perte de pouvoir d’achat de leurs agents, lorsque les grilles se tassent, lorsque les premiers échelons se rapprochent toujours davantage du SMIC, où est la voix des employeurs territoriaux ?
Nous souhaiterions aussi entendre les collectivités demander à l’État une véritable revalorisation du point d’indice et des grilles de rémunération.
On ne peut pas expliquer aux représentants du personnel que les collectivités ne sont pas responsables parce que les décisions viennent de l’État et rester silencieux lorsque ces mêmes décisions pénalisent leurs propres agents.
Et surtout, tout ne dépend pas de l’État.
La collectivité dispose elle aussi de leviers : régime indemnitaire, CIA, action sociale, protection sociale complémentaire, restauration des agents, conditions de travail ou reconnaissance de certaines contraintes professionnelles.
Nous demandons donc simplement qu’elle utilise pleinement les moyens dont elle dispose, en donnant la priorité aux agents qui en ont le plus besoin.
Le dialogue social doit rester un véritable dialogue
Nous sommes également attachés à la qualité du dialogue social au sein de notre collectivité.
Mais un dialogue social ne peut pas se résumer, lorsque nous faisons remonter le mécontentement ou les difficultés des agents, à une réponse qui reviendrait à dire :
« Si vous n’êtes pas contents, allez voir ailleurs. »
Une telle réponse ne règle rien.
Elle ne répond ni aux difficultés de recrutement, ni aux problèmes d’attractivité, ni à la fidélisation des agents, et encore moins au besoin de reconnaissance de celles et ceux qui travaillent depuis parfois de nombreuses années au service de notre collectivité.
Le dialogue social suppose d’entendre les désaccords, d’accepter la contradiction et de rechercher des solutions.
Les représentants du personnel ne viennent pas en CST pour être systématiquement d’accord avec l’employeur.
Ils sont là pour porter la parole des agents, leurs attentes, leurs difficultés et parfois leur colère.
Cette parole peut déranger.
Mais c’est précisément à cela que sert le dialogue social.
Quelle priorité pour les moyens disponibles ?
C’est dans ce contexte que nous sommes aujourd’hui amenés à examiner une évolution du régime indemnitaire bénéficiant principalement aux cadres les mieux rémunérés de notre collectivité.
Nous ne remettons pas en cause leurs responsabilités, leur engagement professionnel ni la nécessité pour la Région de rester attractive.
Mais nous contestons l’ordre des priorités.
Lorsque des agents qui font fonctionner quotidiennement nos lycées et nos services doivent compter chaque euro à la fin du mois, la priorité peut-elle réellement être d’augmenter d’abord ceux qui disposent déjà des rémunérations les plus élevées ?
Nous ne voulons pas opposer les agents aux cadres.
Nous voulons simplement rappeler une évidence :
- la solidarité doit commencer par celles et ceux qui en ont le plus besoin.
L’attractivité ne concerne d’ailleurs pas uniquement les cadres.
Elle concerne également les agents qui entretiennent nos lycées, préparent et servent les repas, assurent la maintenance, l’accueil, l’entretien des locaux et des espaces, ainsi que les agents administratifs et techniques qui font fonctionner quotidiennement le service public régional.
Eux aussi doivent être recrutés.
Eux aussi doivent être fidélisés.
Eux aussi méritent reconnaissance et considération.
Nos priorités sont claires
Nous demandons :
– un véritable soutien au pouvoir d’achat du plus grand nombre ;
– une attention prioritaire portée aux rémunérations les plus modestes ;
– la réduction des écarts indemnitaires ;
– une meilleure reconnaissance des métiers exposés, pénibles ou soumis à des contraintes particulières ;
– une amélioration concrète des conditions de travail ;
– la mise en place d’un repas à 1 € pour les agents des lycées et du siège ;
– une révision du CIA bénéficiant à l’ensemble des agents de la collectivité, demande que nous portons depuis longtemps ;
– et plus largement l’ouverture d’une véritable réflexion sur la politique indemnitaire de la Région afin qu’elle bénéficie plus équitablement à tous les agents.
La valeur du service public régional repose sur l’engagement collectif de milliers de femmes et d’hommes.
La reconnaissance de cet engagement ne peut pas se limiter à quelques fonctions.
Nous ne demandons pas à la Région de se substituer à l’État.
Nous lui demandons d’assumer pleinement son rôle d’employeur.
Nous lui demandons d’utiliser les leviers dont elle dispose.
Et lorsque les décisions nationales pénalisent ses agents, nous lui demandons également de porter leur voix auprès de l’État, avec la même force que celle avec laquelle nous la portons ici aujourd’hui.
C’est notre conception du dialogue social.
C’est aussi notre conception de l’équité et de la reconnaissance dues à l’ensemble des agents de notre collectivité.
Nous vous remercions de votre attention.
Les représentants élus du personnel en CST
Joël BAEZA – Fabienne NIGAUD- Christophe DAULIN – Claude BALLET – Laurent ARNOUD – Marion VASSEUR.
